Programmes de recherche

Que signifie gérer le fleuve Rhône de manière durable ? L’OHM VR analyse les politiques publiques à l’œuvre suite à la signature du Plan Rhône et au changement de paradigme autour de la gestion du fleuve, aujourd’hui dévolu au développement durable. Plusieurs niveaux de l’action sociale peuvent être observés, celui des acteurs institutionnels et des acteurs privés dans leurs capacités à proposer une gestion durable, celui des acteurs de terrain devant en décliner localement les principes et enfin, celui des riverains dont les représentations et les pratiques peuvent être modifiées. La réflexion porte également sur les flux d’eau, de sédiments et de polluants dans le corridor, sur le littoral et le delta, et met en lumière l’effet des aménagements et des pratiques de gestion sur les formes fluviales et le littoral, ainsi que leurs conséquences sociétales et environnementales. L’OHM VR produit ainsi des connaissances pour alimenter le débat public.

L’OHM VR travaille en particulier sur des motifs territoriaux créés par les aménagements hydro-électriques comprenant des sections court-circuitées, des retenues, des canaux, et des ouvrages (usines et barrages) qui se répètent longitudinalement (amont/aval) et influencent le fonctionnement du fleuve. L’analyse comparative est ainsi un point fort de la réflexion collective et de la structuration de la recherche en vue de valider des hypothèses, identifier des similitudes ou des différences résultant des spécificités locales ou du positionnement du tronçon d’étude le long du continuum fluvial.

Les activités de recherche de l’OHM VR reposent sur les projets de recherche annuels soutenus dans le cadre de l’APR du LabEx DRIIHM, et les projets en lien bénéficiant d’autres sources de financement (Plan Rhône et accord-cadre ZABR AERMC principalement).

 

L'Observatoire des Sédiments du Rhône

L'Observatoire des Sédiments du Rhône (OSR) a été créé en 2009 à la suite de questions qui ont émergé dans le cadre du Plan Rhône. Il a été mis en place par des équipes de recherche réparties sur l’ensemble du linéaire du fleuve. Cet observatoire a pour mission de produire, rassembler et gérer des données visant à caractériser les stocks et les flux sédimentaires, ainsi que les pollutions associées à ces sédiments. Il a également pour mission d’éclairer, par l’analyse de ces données, les gestionnaires et les élus. L’OSR est ainsi une plateforme de recherche pluri-partenariale s’inscrivant dans une co-construction entre scientifiques et gestionnaires.

L’OSR est un programme de recherche financé au titre du Plan Rhône et bénéficie du soutien du Fond Européen pour le Développement Régional. L’OSR est un programme de recherche regroupant scientifiques (CNRS, IRSTEA, ENTPE, IRSN, IFREMER) et les principaux gestionnaires du fleuve (DREAL, Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, Compagnie Nationale du Rhône, EDF et les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie).

L’objet d’étude de cet observatoire est la vallée du Rhône, du Léman à la Méditerranée, soit un linéaire de plus de 500 km. L’ensemble de ce corridor fluvial est pris en compte, qu’il s’agisse du chenal en eau, des retenues à l’amont des aménagements hydroélectriques ou encore des marges alluviales et des milieux annexes. Ces espaces correspondent à différents compartiments d’un même hydrosystème qu’il est aujourd’hui nécessaire de comprendre dans son ensemble (continuum amont/aval, différences rive droite/rive gauche, connexion fleuve-littoral). L’étude des bilans et des dynamiques hydro-sédimentaires s’inscrit dans un cadre temporel emboité allant du siècle à l’instantané.

Parmi les acquis majeurs, l’histoire sédimentaire du fleuve a pu être précisée, et les connaissances relatives à la bathymétrie et à la granulométrie du chenal ont pu être actualisées. De plus, un réseau de suivi en continu des flux de matières en suspension (MES) et des principaux contaminants (métaux, Hg, PCB, radionucléides) est aujourd’hui opérationnel. Enfin, des équipements et des protocoles de mesure ont pu être testés, un modèle hydrosédimentaire à l’échelle du Rhône est en cours de développent, et des outils numériques permettent de structurer l’information.

OSR

 

Suivi scientifique de la restauration hydraulique et écologique du Rhône

Le programme de restauration hydraulique et écologique du Rhône est un programme destiné à améliorer la qualité écologique du Rhône en augmentant les débits minimums dans les vieux-Rhône et en réhabilitant les annexes fluviales. Initialement huit secteurs prioritaires avaient été identifiés en raison de leur fort potentiel écologique, mais depuis la mise en application de la loi sur l’eau (LEMA, 2006) au 1er janvier 2014 les débits minimums ont été relevés partout où ils étaient inférieurs au 1/20ème du module interannuel.

D’une ampleur exceptionnelle à l’échelle internationale, ce programme comporte depuis son origine un programme d’accompagnement scientifique : RhônEco. L'objectif du suivi scientifique est d'évaluer les effets de la restauration. L’approche retenue pour détecter et évaluer les effets des augmentations de débits réservés dans les vieux-Rhône repose sur une description des changements des caractéristiques physiques de l’habitat (utilisation de modèles d’habitats, approche prédictive) et l’analyse des modifications des communautés de poissons et de macro-invertébrés benthiques induites par ces changements. L’étude de l’évolution post-restauration des annexes fluviales repose notamment sur l'analyse de la structure des peuplements de macro-invertébrés benthiques ainsi que sur l'analyse de la dynamique des bras restaurés.

RhônEco a permis de produire une connaissance unique sur l’état écologique du fleuve et son évolution suite aux travaux de restauration. Ces enseignements, synthétisés dans une brochure de valorisation, permettent aujourd’hui de mesurer et prédire l’effet des actions de restauration physique sur les milieux et la biodiversité, et d’orienter les choix de restauration et de gestion futurs.

Bandeau RhonEco

 

Caractérisation des échanges nappes/rivières en milieu alluvionnaire

L’estimation des flux d’eau, c’est-à-dire l’identification du sens des écoulements entre les nappes alluviales et les rivières ainsi que la quantification des flux échangés, représentent aujourd’hui un enjeu socio-environnemental important. En effet, les échanges entre eaux superficielles et souterraines sont souvent modifiés suite à l’anthropisation des milieux, et sont parfois à l’origine de transferts de contamination. Aussi, la connaissance des zones d’échanges peut être déterminante pour une gestion durable et équilibrée de la ressource en eau, notamment dans des contextes de conflits d’usage. Enfin, la rareté croissante de l’eau, l’augmentation de la population, la dégradation des écosystèmes d’eau douce et les effets des changements climatiques accentuent ces conflits d’usage.

Un programme de recherche pluridisciplinaire ambitieux a été développé sur le Rhône dans le cadre de l’accord-cadre ZABR – Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, et soutenu par la suite par la CNR et la région PACA dans le cadre du Plan Rhône.Ce projet a permis le développement d’une méthodologie multi-métrique pour caractériser les échanges entre le fleuve Rhône dans sa globalité (son chenal, ses annexes fluviales, les contre-canaux) et les nappes souterraines (alluviales ou de versant). 

Cette méthodologie repose sur le croisement de plusieurs outils de diagnostic :
- une analyse géomatique mobilisant des connaissances hydrogéologiques
- une analyse de la végétation aquatique (indicateurs choisis parmi les macrophytes)
- une analyse des invertébrés souterrains
- une analyse géochimique fondée sur les éléments dissous et des signatures isotopiques

Un guide méthodologique permet de répondre à la question suivante: quels sont les outils les plus adaptés sur les milieux alluviaux pour caractériser les échanges nappes rivières? Il s’adresse aux acteurs de l’eau, en particulier aux gestionnaires, qui ont besoin d’appréhender les échanges nappes/rivières pour leurs objectifs d’amélioration de la gestion des milieux aquatiques que ce soit d’un point de vue quantitatif ou qualitatif. Il s’adresse également à leurs partenaires institutionnels et techniques. La méthodologie développée intéressera également les scientifiques travaillant sur ce type de milieu.

Bandeau EauSout

 

La valorisation du patrimoine rhodanien à l’épreuve des territoires, des acteurs et des usages

RhonaVelEau 2016Le projet de recherche « RhônaVél’eau : la valorisation du patrimoine rhodanien à l’épreuve des territoires, des acteurs et des usages » est porté par les laboratoires EVS et G-EAU. Il s'inscrit dans le Plan Rhône et est soutenu financièrement par l’Etat, l’Agence de l’eau RMC et EDF.

La promotion de la culture rhodanienne, de son patrimoine et de son identité est au coeur des politiques publiques associées au fleuve Rhône. En parallèle, le fleuve et les paysages qu’il façonne sont de plus en plus envisagés comme des vecteurs de valorisation et de développement territorial pour les collectivités riveraines. Le projet ViaRhôna représente à ce titre un exemple éclairant. La création d’une véloroute, voie verte bordant le fleuve sur près de 700 km (du Léman à la mer), dédiée aux déplacements doux, a pour objectif de développer un tourisme dit de qualité en s’appuyant sur la promotion du patrimoine rhodanien. Cet accès facilité au fleuve pourrait contribuer à améliorer la connaissance du Rhône et à accroître la valeur qui lui est associée par le public et pourrait, de fait, justifier à ses yeux les actions menées pour le protéger. Le projet ViaRhôna rencontre ainsi d’autres politiques publiques liées au fleuve, telles que celles qui instaurent une restauration écologique des milieux. Au-delà des enjeux économiques évidents qu’il pose, ce projet d’aménagement soulève donc d’importants enjeux sociaux et environnementaux.

La ViaRhôna est aujourd’hui en cours d’aménagement. A l’heure de la mise en oeuvre de ce projet et de sa concrétisation dans les territoires, différentes questions se posent, à commencer par celle de la définition de l’identité rhodanienne. Ce projet de recherche s’est fixé pour objectif de définir ce qui fonde, aux yeux des acteurs et des usagers de la ViaRhôna, le patrimoine rhodanien. Il s’attachera par ailleurs à déterminer, à partir des expériences individuelles des usagers, en quoi la création d’une telle véloroute voie verte peut modifier les perceptions et les représentations associées au fleuve ainsi que la valeur qui lui est attribuée.

>> Résultats de l'enquête menée auprès des usagers

>> Rapport final Rhônavel'eau - pdf (dec 2019)